Ernest et Célestine

Ernest et Célestine vivent dans un monde sereine, rassurant et paisible comme peut l’être l’époque du passé proche, une des qualités qui font particulièrement attirante cette ambiance de début vingtième siècle, encore familier et quand même lointain. C’est le monde que Gabrielle Vincent avait choisi pour accueillir un ours et une souris qui ont beaucoup de choses à apprendre aux jeunes lecteurs. Seulement une œuvre exclusivement personnelle et subjective peut rendre le conte si crédible, l’ours et la souris si proches au lecteur.
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Le film présenté à Cannes cette année a préservé tout de cette douceur. Et ça, ce n’est surement pas donné. Le style pictural de Gabrielle Vincent fait de ses livres un matériau vif et animé, difficile à manipuler.

Le jeune Benjamin Renner, devenu connu avec son premier film (de fin d’études) La queue de la souris a été chargé de la réalisation. Face à ce grand projet il a demandé l’aide de Vincent Patar et Stéphane Aubier dont le travail jusqu’à ce jour-là était assez lointain de ce style classique (voir Panique au Village !).

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Autour de minuit

Entretien avec Nicolas Schmerkin

Autour de Minuit est une des maisons de production avec plus de succès sur la scène française d’aujourd’hui. Comment vous expliquez-vous ce phénomène ?

Nicolas : De manière générale l’animation française connaît un grand succès ces dernières années. Il y a énormément de boites de production qui se sont créés développées, qui se sont professionnalisées. Entre les auteurs on s’est rassemblé en collectif pour que l’animation soit au moins en égalité avec la prise de vue réelle parce que on n’a pas les mêmes financements et on commence petit à petit d’avoir plus de moyens, même si ce n’est jamais assez, plus professionnalisé au niveau de production de court-métrage d’animation qui, contrairement au court-métrage de prise de vue réelle, est pour beaucoup de réalisateurs une activité quasiment à part entière. Continue reading “Autour de minuit”

Dans le Tableau

Dans un tableau tout a une âme et une personnalité. Le peintre les connaît avant de les avoir dessinés. Et une fois dans la toile ses personnages ont leur vie à mener…indépendants. Jean François Laguionie le sait bien. Il l’a surement ressenti lors de sa longue carrière d’auteur de films d’animation alors qu’il donnait le souffle de vie à de milliers de bonshommes animés. Depuis 1965 il a commencé par La Demoiselle et le Violoncelliste et poursuivi avec une dizaine de courts-métrages et 3 longs-métrages (Gwen et le Livre de Sable,1985, Le château des Singes, 1999, L’ile du Black Mor, 2004). Aujourd’hui dans les salles on peut voir sa dernière création Le Tableau dont le titre ne peut être plus éloquent. Lui même, il ne s’est jamais considéré un peintre, mais dans ce film on ne peut que le voir en tant que tel. Toute l’ironie, la tristesse, l’amour, l’humour pour l’être humain qu’il a dessiné dans ses films précédents nous les retrouvons dans Le Tableau.

Le film met en place un scénario d’Anik Le Ray qui traverse l’art visuel dans ses différents états ce qui demande un graphisme de rare qualité dans la production des longs-métrages d’animation d’aujourd’hui. Les dimensions sont aussi multiples : conçu en 3D avec un équipe d’une vingtaine d’animateurs le film est cohabité de manière très naturelle par les images de prise de vue réelle (seulement dans la dernière séquence), les dessins en 2D classique ou en 3DS Max dans le contexte de traversées de l’espace. Continue reading “Dans le Tableau”

Il m’a dit

Entretien avec Leon Dai

C: La question du choix du noir et blanc vous a été déjà souvent posée. Vous l’expliquez avec l’envie de concentrer l’attention du spectateur vers l’histoire et niez ce qui peut être interprété en tant que recherche esthétique. Cependant je trouve que le résultat est très caractéristique et même d’un effet décoratif. Etait-ce un effet voulu ?

Leon Dai : Ce film, je le destine aux classes moyennes. Parce que je pense que ce sont elles qui ont le pouvoir de changer certaines choses dans la société. Pour essayer de faire en sorte que telles histoires arrivent moins souvent. La classe moyenne, en tout cas la classe moyenne à Taïwan, sort aussi d’un monde de saleté ou d’un monde de désordre dans lequel se trouve encore le père de la petite fille. Continue reading “Il m’a dit”

Un fait divers

Héliotrope Films


“Je ne peux pas vivre sans toi” est un film au succès public et critique indubitable tant a Taiwan qu’ailleurs : 4 prix au Taipei Golden Horses, Grand Prix du Taipei International Film Festival, 2 prix au Festival International du Cinéma Asiatique à Vesoul… Pourtant ce n’est pas le genre de film à attirer les masses : pas de couleur dans les images, pas d’armes ni passions dans l’histoire… Au contraire un petit budget, un encadrement sobre de la vie quotidienne d’une famille hakka dans un contexte gris (littéralement et métaphoriquement) loin du glamour et aux marges de la société sont ses traits de distinction du film.

Quel est alors le sort qui a touché toutes ces personnes au point d’inciter le président de la république à se prononcer sur son propos (la lourdeur des procédures administratives et la vie précaire d’une partie de la population) et à appeler les fonctionnaires à voir un film de fiction? Qu’est ce qui a fait de ce film un phénomène social? Ces thématiques embarrassantes ne sont pas étrangères au nouveau cinéma taïwanais, cependant la façon dont Leon Dai traite la réalité des classes défavorisées a trouvé un écho inattendu. Continue reading “Un fait divers”