Autour de minuit

Entretien avec Nicolas Schmerkin

Autour de Minuit est une des maisons de production avec plus de succès sur la scène française d’aujourd’hui. Comment vous expliquez-vous ce phénomène ?

Nicolas : De manière générale l’animation française connaît un grand succès ces dernières années. Il y a énormément de boites de production qui se sont créés développées, qui se sont professionnalisées. Entre les auteurs on s’est rassemblé en collectif pour que l’animation soit au moins en égalité avec la prise de vue réelle parce que on n’a pas les mêmes financements et on commence petit à petit d’avoir plus de moyens, même si ce n’est jamais assez, plus professionnalisé au niveau de production de court-métrage d’animation qui, contrairement au court-métrage de prise de vue réelle, est pour beaucoup de réalisateurs une activité quasiment à part entière. Beaucoup entre eux ne font que ça lors que pour les réalisateurs de fiction le court-métrage est souvent un passage au long-métrage. Disons que en France entre le fait qu’il y a beaucoup de bonnes sociétés de production, des bons artistes, des écoles qui forment à la fois des artistes et des techniciens et des animateurs pour pouvoir fabriquer des films il y a de l’argent, même s’il n’est pas beaucoup il y en a plus par rapport à beaucoup des autres pays. Tout ça fait que ces dernières années il y a eu un progrès par rapport à la qualité générale, déjà du nombre des courts-métrages d’animation en France, et le succès qu’en découle est dû au fait qu’il y a des producteurs qui prennent des risques, des réalisateurs qui travaillent à l’ancienne. I y a Autour de minuit mais il y a aussi plusieurs boites comme Sacrebleu avec la Palme d’Or l’année dernière, comme Les Films du Nord,  Je suis bien content, Les films d’Arlequin, qui, je pense, font des films depuis plus de 20 ans et qui se sont vraiment implantés dans la production de courts-métrages d’animation et qui, avec par exemple les films de Florence Miailhe développent un cinéma d’auteur avec un suivi sur le long terme.

De succès il y en a beaucoup, c’est vrai que ce qui ressort est l’Oscar. On l’a eu pour un film qui a eu un très grand succès, derrière et après on a aussi des autres films.

Logorama, Autour de Minuit Productions

Disons que nous nous sommes spécialisés dans un créneau qui ne dérive pas d’une stratégie mais de mon envie personnelle en tant que spectateur et producteur et qui est d’un court-métrage d’animation un peu expérimental un peu hybride mais qu’est accessible au grand public. Ceci permet de développer de choses à niveau technique, à niveau esthétique mais qui soit quand même agréable à regarder. Tant dans la manière de raconter les films que dans la manière de les fabriquer et ceci c’est passé dès le début avec le premier film Obras en 2004 par le mélange de deux techniques : prise de vue réelle avec de l’animation ou des différentes technique d’animation entre elles. C’est un peu notre spécialité : arriver de passer dans les nouvelles technologies, mélanger les genres, n’avoir pas forcement des films narratifs qui racontent une histoire avec des personnages mais des choses sensorielles, émotionnelles ou politiques et envoyer un message social comme dans Obras.

Obras, Autour de Minuit Productions

Et ne jamais perdre de vue le fait que au but il y a un spectateur qui regarde, se faire de plaisir en essayant d’être créatif. De fois ça marche et ça mène de succès et du coup ça nous permet de continuer. Plus notre travail est reconnu et montré aux festivals et primé, plus ça nous permet non seulement de continuer mais d’aller plus loin en explorant encore plus en prenant plus de risques.

Je ne sais pas si c’est de là que vient le succès, je pense que le succès vient des projets qui sont à la base. On a de la chance à travailler avec des réalisateurs qui sont aventurés, qui ont des idées.

A.B. Dans les films que vous distribuez le chemin et le concept de choix est toujours le même ?

Nicolas : Oui. Nous sommes avant tout des producteurs, nous distribuons nos films et accessoirement nous distribuons aussi des films d’autres productions, d’autres réalisateurs. C’est très peu, pas de manière industrielle. On fait ce genre de distribution parce que on a ce genre de distribution. Le principe est de prendre deux ou trois films en distribution par an. Ce sont de coups de cœur et ce sont des films qui sont dans la même ligne éditoriale et esthétique, qui s’insèrent dans le catalogue. Il y a aussi l’idée d’avoir une sorte de labelle et surtout ce n’est pas 100% des cas mais quand on prend un film en distribution c’est aussi dans l’idée  de collaborer plus tard avec le réalisateur en production. Ce n’est pas forcement évident quand on fait l’effort de distribuer un film expérimental, ça ne va pas forcement apporter de l’argent, même de fois ce sera l’envers, mais on fait connaître ce réalisateur avec qui plus tard on rentrera en coproduction. Quand on arrive avec un grand Palmarès ça facilite la suite.

En 2008 vous avez étés la première société en ventes à l’étranger, c’est qui les acheteurs de ces films ?

Nicolas : Nos acheteurs déjà historiques en France sont Canal Plus et Arte. En fait ils ne sont pas des acheteurs parce que en fait ils sont à la base en production dès le départ du projet. La plupart des films qu’on produit ont été coproduits ou préachetés par Canal Plus et Arte, c’est à dire que  avant même que le film se fasse et ils s’engagent sur le film avant qu’il démarre. Et dans le cas de la distribution ce sont les gens que on va voir spontanément pour la vente des films. Quand ce n’est pas nous qui les avons produits, c’est eux aussi qui vont acheter le type de films qu’on aime et qu’on a dans le catalogue.

En suite à l’Etranger on a une quinzaine de télévisions qui achètent régulièrement des films et nous suivent. Canal Plus Espagne, Canal Plus Pologne,  on a un peu dans chaque pays, en Japon, en Canada, en Swede, aux Etats Unis, ou en Amerique du Sud, en Argentine. Ca ne rapporte pas beaucoup mais le principal c’est que ce soit diffusé dans ces pays. Un peu dans chaque pays on a un contact pour la télé qui s’intéresse un peu de ce genre de films qu’on aime bien montrer. La distribution ce n’est pas que les télévisions, évidemment il y a tout e la partie festivals qui est plus un investissement que autre chose mais qui est essentielle. Après les festivals il y a les télés et il y a aussi la location en salle, ça peut être une salle qui organise une soirée ou des festivals thématiques.

Pixels, Autour de Minuit Productions

Ca c’est la deuxième partie la plus importante après la télévision. Bien avant le VOD ou le DVD. Ca peut être aussi un organisme comme l’Agence du Court-métrage suisse ou l’agence du court-métrage allemande qui nous prennent des films en distribution. C’est un mode qu’on appelle location ou gestion de droits de diffusion. C’est une partie aussi importante quand on parle de distribution.

Il y a des films qui sortirent en salle avec des  films de fiction et rentrent dans le circuit traditionnel des salles de cinéma. On verra si ça rapporte quelque chose. Ce ne seront pas de grands sortis comme Harry Potter, je crois qu’il y aura une copie à Paris et une autre en Provence qui vont tourner pour des distributeurs qui feront des sorties pour les enfants. C’est un travail sur la durée. Ce sont  2 copies qui vont rester pendant 1 an. Dans des circuits de séances scolaires, on travaille aussi avec les lycées et  les collèges qui ont préparé aussi un programme pour les professeurs. C’est à la frontière entre la sortie cinéma et ce qu’on appelle « educational ». Une partie institutionnelle qui concerne aussi des films pris pour dispositifs de CNC et de la région.

Vous dites dans un entretien que le nom Autour du minuit est venu aussi pour le fait que c’est l’heure la plus fréquente de diffusion des courts-métrages. Vous croyez que c’est toujours le cas ?

C’est souvent plus tard encore. Autour d’une heure du matin. Je pense qu’après les lignes peuvent bouger. Un film comme Logorama qui est quand même un film assez exceptionnel a été diffusé sur Canal Plus plus tôt. Donc ça dépend vraiment des films mais de manière générale le court-métrage, le court-métrage d’animation ce n’est pas en ragtime. Maintenant on est en train de développer quelque projet de long-métrage bien sûr aussi de séries. On a une petite série ado-adulte qui s’appelle Babioles et qui a été achetée par Canal Plus qui du coup va peut être sortir du cas du court métrage. On ne sait pas encore a quel moment ils vont la diffuser. Et on est en train de développer mais ça c’est encore en fabrication, ça va être terminé en janvier ???? et on a une autre série en développement qui est plutôt destinée aux enfants à partir de 10 ans, pour être diffusée en journée. Si on peut mettre des petits graines de diversion ou de politiquement incorrect dans le cadre jeunesse ça ne serait pas mal.

Comment procède la production dans le sens d’accompagnement des réalisateurs ?

Nicolas : Chaque réalisateur et chaque projet sont différents. Il y a des réalisateurs qui veulent travailler seuls, ils viennent avec une idée. Dans le cas de Logoramails avaient déjà le story-board, ils avaient déjà réfléchis au projet. C’était leur premier court-métrage mais ils avaient déjà travaillé 5 ans dans la pub, le clip. Ils sont trois réalisateurs. Quelque part je n’ai pas eu besoin d’intervenir parce que ce qu’ils me montraient était déjà super. Pour d’autres films je suis coscénariste, co-auteur, j’accompagne dès le début avec une réflexion à tous les stades avec une réflexion artistique, technique et etc. Ca dépend vraiment des réalisateurs. J’aime bien être impliqué à tous les niveaux et je suis assez interventionniste comme producteur surtout en montage comme moi-même je suis monteur et je sais que ça peut ne pas plaire à tout le monde mais quand un nouveau réalisateur vient me voir je suis franque à ce sujet. Je ne suis pas une banque, je ne suis pas juste là pour trouver d’argent, c’est un travail d’ensemble.

Dix, Autour de Minuit Productions

Et à niveau de financements qu’est-ce qui est changé depuis 2003 ?

Nicolas : On a considérablement fait monter les aides de CNC avec le collectif des producteurs du court-métrage qui, en 2003-2004 étaient limités à 50000 euros par film d’animation, alors que pour un film de prise de vue réelle ils allaient jusqu’à 120000. Ceci malgré le fait que la production d’un film d’animation est plus chère que celle d’un film en prise de vue réelle. Aujourd’hui on arrive à un plafond en animation à 80000-85000. C’est déjà bien mais pas encore au niveau de la fiction. Ce qui a évolué en ce qui me concerne est la mentalité pour ce genre de films qui n’existait pas avant, qu’on en avait pas accès déjà à cause de l’absence de la technologie en question. On ne pouvait pas faire ces films il y a quinze ans. Ce qui était trop chère, trop complexe à faire est possible aussi avec la démocratisation de la technologie. Ce qui a évolué depuis 2003-2004 est de pouvoir produire pour moins cher et en plus certaines aides ont même évolué dans le bon sens. Il y a des nouvelles aides à la CNC comme celle pour les nouvelles technologies qui n’existait pas avant. Ca sont des aides typiquement pour les projets qu’on fait qui sont destinés à des films qu’explorent des technologies informatiques, des nouvelles manières d’utiliser des logiciel et etc. Par exemple de films en relief. C’est typiquement pour nous. Après il y a des autres choses qu’ont évolué. Il y a des aides régionales qui existaient, qui n’existent plus, il y avait une aide pour la région d’Ile-de-France, il y avait des multimédias expérimentaux qui aussi étaient parfaits pour les films qu’on fait, l’aide existe encore mais plus pour le court-métrage mais que pour des installations et de performances. Je me souviens que pour Obras on avait une aide pour la musique de CNC, qui est disparue pour le court-métrage. De manière générale il y a eu un peu une professionnalisation au début. Aujourd’hui on produit les films n’importe comment, parce que c’est un peu nouveau à niveau technique. A niveau organisation, c’est un peu le court-métrage où les gens travaillent gratuitement. Et il y a eu une demande par la CNC de professionnalisation esuite à laquelle : l’interdiction d’avoir le bénévolat sur le court-métrage. Donc avec le fait qu’on a pu avoir plus d’argent il y a aussi le fait que les films coutent de plus en plus cher. C’est quand même plus facile de le faire en France que ailleurs, je pense. On a la chance d’avoir des chênes, des aides, des télévisons qui s’engagent. Mais ce n’est pas quelque chose sur laquelle on peut d’appuyer pour vivre.

Alors vous vous appuyez pour vivre à de clips musicaux par exemple?

Nicolas : Les clips ont aussi beaucoup évolué depuis 2003 quand il y avait effectivement d’argent pour les clips, et faire un clip permettait de gagner pour l’investir ailleurs. Aujourd’hui c’est l’envers, le budget moyen d’un clip est 10000 euros. D’onc en gros quand on fait un clip c’est parce qu’on aime bien l’artiste et les gens qui travaillent sur le clip, on leur dit : Faites un effort, vous serez payés sur le court-métrage. On en fait de moins en moins sauf si on a vraiment un coup de cœur avec l’artiste ou il y a un grand budget, ce que nous permet de faire de grands clips comme pour Air qui avaient des budgets beaucoup plus élevés que les moyens.

Quel est le prix moyen pour 1 minute ?

Nicolas : En fonction des techniques on a un minimum de 4000 euros la minute pour que tout le monde soit payé correctement et même pas forcement faire de la marge. C’est plus 40000 même pas 10000 autrement il n’y a pas de sens. Ça a de sens si c’est super beau, qu’on nous met totale liberté que si c’est un jeune réalisateur qui veut un peu s’entrainer qui veuille le faire quasiment tout seul pour 10000 euros, tu vois, pas toute l’anim. Donc pour vivre on a un petit peu de distribution où tout se passe bien pour payer le loyer, de temps en temps de travaux de commande en essayant de le faire de manière rigolote. Là par exemple on fait l’habillage pour une transmission de jeunesse suisse qui est amusant à faire et laisse un petit peu d’argent.

Donc ça complète un peu et aide à passer en équilibre mais a un moment on a aussi envie d’être payé pour ce qu’on fait et de faire ce qu’on aime.

Je me suis consacré à ça il y a deux ans. Avant j’avais un magazine de cinéma, je faisais programmation de festivals, de montage, plein de petits trucs qui payaient bout à bout mon salaire. Depuis quelque temps je me suis dit : je me consacre que à ça et essaye de faire en sorte que ça puisse réussir.

Avec l’expérimentation de plusieurs techniques est-ce que vous envisagez à un moment donné de faire que de prise de vue réelle ?

Nicolas : On a fait quelque films sont plutôt documentaires et plutôt de prise de vue réelle. On a fait en 2009 un film qui s’appelle Lila qui est sur un camping qui est un espèce de documentaire entre le clip et fait sur un musique, c’est un premier film et sans trucage. Ca c’est un cas particulier d’un réalisateur que je suivais depuis un moment que j’aimais et qui est venu me voir avec ce projet que j’ai adoré à la lecture et que on a fait sans subventions. Ce n’était pas l’envie de faire un documentaire c’était vraiment lié à ce réalisateur. Mais faire que de prise de vue réelle je ne pense pas.

Et ça ne vous fait pas peur de faire un film pour lequel le public ne trouvera pas de tout d’animation ?

Nicolas : Non, justement. Ce n’était pas le cas avec Obras… Effectivement Logorama est complètement fait en 3D mais c’est un des rares qui soient totalement en animation. Dans la plupart des films il y a beaucoup de mélange et Obras, le premier a fait quelque festival de fiction, d’animation et même de festivals documentaires et d’architecture. Ce qui me plait aussi c’est que les films sont un peu inclassables qui est aussi une difficulté parce que quand on va chercher de financements on nous demande qu’est ce que c’est et c’est plusieurs choses à la fois et souvent ça cout plus chère. Mais le résultat ce sont aussi des choses un peu bizarres un peu différentes et c’est ça qui me plait. Mais je ne me suis jamais dit je vais être un producteur d’animation. On nous classe en animation parce que la plus part de films utilise des techniques d’animation et d’ordinateur…mais en vrai quelle est la différence entre l’animation et  les effets spéciaux ? Actuellement nous sommes en train de finaliser le scénario d’un long-métrage qui est prise de vue réelle et animation. Ça s’appelle Civilisation, ce sont des statues qu’on fait bouger, un peu comme Toy story sauf que c’est en prise de vue réelle, donc quand on prend un image il n’y a rien qui dit que c’est de l’animation.

Et est-ce que c’est plus facile de diffuser un court-métrage d’animation tout court ou aussi en fiction.

Nicolas : Mais ce n’est pas une question de techniques, mais si le projet me plait ou pas. Il est aussi une question de mise en scène. Ce n’est pas une stratégie mais une choix subjective. Je pense que c’est aussi lié au fait que avec  magazine que j’avais lancé dans 98 a un moment on était peu et on devait voir une 20 de sorties pour la semaine et à un moment j’en avais trop de narratif classique d’1h30 et je me suis turne à l’extrême opposé avec l’expérimental pur et dur autrichien, et c’est quand j’ai connu Fast film . C’est là où je me suis dit il y a quelque chose à faire en mélangeant l’historique très avant-garde, expérimental avec quelque chose de grand public. Fast film pour moi est vraiment à la croisée des chemins : mélanger des techniques et de faire se confronter des mondes n’était pas compatible avant. C’est un film Hollywoodien et expérimental qui est dans la continuité des films expérimentaux autrichiens des années ’60 avec un grand casting. Donc je pense que c’était cette logique là qui m’a amené à l’expérimental et que j’avais envie de voir autre chose. Maintenant je fais ce que j’ai envie de voir. J’ai cette chance là.

Autour de midi, Octobre 2011

2 réflexions sur “Autour de minuit

    1. Cher Bruno,
      Je fais aussi une découverte à travers vous et votre blog et je comprends mieux maintenant en sachant que Bastien Dubois est votre fils. Madagascar, carnet de voyage est une œuvre qui m’a beaucoup marqué et m’a offert des moments de bonheur dans les salles de cinéma. Merci à tous les deux.

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