Dans la fraicheur des rizières

Depuis des mois le métro parisien s’est agrémenté d’un peu de vert et de fraicheur dans ses sous-sols de la capitale, humides emplis d’un air lourd et varié en « fragrances » … Non, je ne parle pas des nouvelles plantes installées derrière des vitrines sur la ligne quatorze.  Je veux tout simplement parler d’une affiche. Une parmi toutes centaines d’affiches qui elle aussi, me direz-vous avec justesse, ne restera que quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. Elles changent tellement vite, des fois nous étonnent, nous choquent ou provoquent un sourire … mais elles ne restent rien d’autre que des publicités. Celle-ci m’a attiré pourtant. Un graphisme très réussi sans doute, une image suffisamment grande aux couleurs ni trop criantes, ni trop ternes, tout en sagesse et beauté sans franchir les limites d’un style soutenu. Une simple scène rurale nous venant apparemment du continent asiatique, des champs délimités en carrés et des paysans penchés pour travailler la terre, les montagnes dans le lointain, des tiges de bambou stylisées et un rectangle rouge nous fournissant le titre de l’événement : Chine, célébration de la terre. Néanmoins à chaque fois que je passe devant je suis envahie par un courant d’air frais propre à la nature loin de toute civilisation et l’envie de partir à la recherche de la source se fait irrésistible. Convaincue de la déception que celle-ci apportera, tellement est insolite le plaisir visuel et fragile ma confiance en « L’espace Fondation EDF », je me décide.

L’espace Fondation EDF est caché dans une ruelle entre les 6ème et 7ème arrondissements et la porte lourde du bâtiment n’est pas des plus accueillante, bien au contraire, et me fait douter un instant qu’il ne faille une autorisation spéciale pour rentrer. Mais une fois surmonté son poids, on se retrouve de l’autre côté… Et c’est alors presque le miroir d’Alice qu’on a traversé…

Une lumière sombre règne, constellée de rayons dont la source est cachée entre des tiges de bambou suspendues au plafond, entourant un espace circulaire dans le centre de la salle d’entrée. Des bruits de fond se distinguent, allusion aux sons du travail dans les champs.

La Chine, nous disent les dépliants distribués à l’entrée, possède l’une des plus importantes implantations de bambou au monde, d’une surface de deux millions cinq cent mille hectares. Ce produit naturel y est vite devenu une matière première vitale : matériel pour l’outillage, constructions, habillement, nourriture, il est aussi utilisé dans le monde spirituel et constitue une importante source d’inspiration artistique et…une modèle de comportement.

Ceci n’est que l’introduction d’un parcours conçu autour des relations quotidiennes entre la culture chinoise et la nature, teintées de respect.

Le dépaysement est saisissant lors du passage du quartier branché parisien dans un monde qui n’existe plus ou qui, peut être n’a jamais existé tel que le conservateur Jean-Paul Descroches du musée des Arts Asiatiques Guimet l’a reconstruit. Tout cet accrochage irréel rappelle les salles sombres consacrées aux objets rituels des peuples indigènes du musée du Quai Branly. On veut bien participer à ce jeu de transformation et on s’y prête tout de suite. De nombreux chinois ne sont certainement plus dans les rizières autres que sur l’affiche mais ces images se matérialisent dans notre imagination ainsi que l’immense vert de leur champs, invisibles mais dont on perçoit une présence à travers les bruits et les outils agricoles posés ici ou là. Tous les objets de ce premier niveau s’intègrent vite dans ce monde virtuel de l’histoire rurale chinoise. Un imposant moulin en bois se présente à côté d’une invention mécanique dont l’utilisation remonte avant le début de notre ère  pour arroser les champs délicatement nommée « machine à colonne vertébrale de dragon ».

Une des lignes conductrices de cette promenade : la poterie apparaît dans toutes les étapes de son évolution sous la forme de magnifiques récipients de riz en porcelaine mais aussi en tant que matériau principal pour la construction d’habitations. Des maquettes de maisons, temples et tombes religieux montrent l’usage universel de la terre.

Les objets souvent rendus plus étonnants par leur accrochage invitent à lire avec curiosité les textes écrits de manière captivante sur les murs.

Dans une vitrine la médecine traditionnelle orientale s’expose à travers éprouvettes et éléments variés pour une découverte de l’acupuncture et pharmacopée chinoise qui remontent à plus de 3000 ans av J-C. Les principes de la nourriture et de la médecine intimement liées  dans cette harmonie absolue entre homme et environnement sont expliquées à travers toute une variété d’objets allant de la carte générale des surfaces agricoles du pays à une patte du tigre.

La seule partie de l’exposition qui évoque une réalité plus contemporaine est le diaporama de photographies de la deuxième moitié du XX siècle. Réalisées par l’arpenteur François Dautresme elles nous font part de sa fascination lors de sa rencontre avec ce peuple. De 1963 à 2000 il a pu explorer ce monde simple et en même temps enveloppé du mystère des esprits de la terre. Il a ainsi rassemblé cette étonnante collection d’objets exceptionnels que nous retrouvons dans l’espace de la fondation EDF aujourd’hui, partie de la collection du musée Guimet.

Et voilà qu’agit le fruit de mon imagination, ces paysans derrière leur rideau irréel de bambou se relèvent maintenant en chair et os,  presque tangibles avec leur sourires devant l’objectif de Monsieur Dautresme. Il nous montre une autre Chine quelque peu lointaine de laquelle on peut beaucoup apprendre, rien qu’en s’échappant quelques instants de la civilisation parisienne pour une exposition célébrant la terre.

à vous:

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